Facebook n’est pas mort, il a changé de rôle : 5 experts décryptent

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Points clés à retenir

  • Audience jeune : plus de la moitié des utilisateurs mondiaux ont moins de 35 ans, avec une forte représentation des 25-34 ans.
  • Conversion et fidélisation : Facebook n’est plus un réseau de découverte, mais un levier de performance pour le business.
  • Écosystème intégré : combinaison avec Messenger et WhatsApp pour un hub relationnel et publicitaire.

Facebook n’est pas mort, il a changé de dimension

Ringard, vieillissant, dépassé… Facebook cumule les clichés depuis des années. Pourtant, les données et les retours terrain racontent une autre histoire. Je suis parti à la rencontre de cinq experts qui façonnent le social media au quotidien : Eva Tranová, Anaïs Loubère, Sophie Gonçalves, Yann Amiry et Thibault Tourvieille de Labrouhe. Leur verdict : la plateforme n’est pas morte, elle a simplement changé de rôle.

Le premier réflexe est souvent de qualifier Facebook de réseau des seniors. Et à juste titre, car c’est souvent le premier réseau social dont les générations précédentes se sont emparées. Mais les chiffres nuancent ce portrait. Selon le Digital Report 2026, la tranche d’âge la plus représentée dans le monde est celle des 25-34 ans, qui concentre près d’un tiers des utilisateurs (32 %). Les 18-24 ans arrivent en deuxième position avec environ 19 %. En clair, plus de la moitié de l’audience mondiale a moins de 35 ans. La plateforme couvre un spectre générationnel bien plus large qu’on ne le suppose.

Eva Tranová, social media manager chez Agorapulse, dévoile plusieurs chiffres qui montrent que le réseau reste bien ancré dans les pratiques professionnelles. En 2025, 33,1 % des profils sociaux connectés sur Agorapulse étaient des profils Facebook, devant Instagram (23,2 %) et LinkedIn (15,3 %). Les secteurs les plus représentés : les agences en tête (16 %), suivies par la tech (11,5 %), l’industrie manufacturière (8,2 %), les services professionnels (8 %) et le retail (7 %). Facebook continue d’être une plateforme clé pour plus d’un professionnel du social media sur deux (56 %).

Sophie Gonçalves, content & SEO manager chez Iconosquare, partage ce constat avec une nuance : « Facebook a changé de position, mais il n’a pas disparu. » Yann Amiry, leader social media chez Decathlon, complète : « Facebook n’est plus le réseau dont on parle en premier, mais il reste un réseau important, par son nombre d’utilisateurs. »

Facebook en chiffres

  • 3,07 milliards : utilisateurs actifs mensuels dans le monde
  • 31,5 millions : utilisateurs actifs mensuels en France
  • 39 minutes : temps passé par jour sur Facebook par les Français
  • 200,9 milliards de dollars : chiffre d’affaires de Facebook en 2025

Communiquer sur Facebook : oui, mais pour qui ?

Si Facebook touche toutes les générations, certaines cibles y sont plus réceptives. Pour Anaïs Loubère, directrice de Digital Pipelettes, le réseau est aujourd’hui le premier levier de performance pour les marques qui visent la Silver Gen. Ce qu’il faut comprendre : les seniors sont très actifs sur la plateforme et très fidèles.

L’ancrage géographique est une autre ligne de force. Eva Tranová cite deux exemples : une station de ski des Pyrénées-Orientales et une agence de développement économique au Québec, pour qui Facebook reste un canal stratégique. Les marques avec une forte identité locale y trouvent un espace de lien authentique avec leur communauté.

Thibault Tourvieille de Labrouhe, directeur de Supernatifs, confirme cette lecture depuis le terrain des agences. Sophie Gonçalves élargit le spectre : au-delà de l’ancrage local et de la cible senior, Facebook reste pertinent pour toute stratégie à fort enjeu communautaire. C’est un terrain pertinent pour les marques B2C grand public, les acteurs locaux, les réseaux de points de vente, les associations, et toutes les stratégies fortement communautaires.

Communiquer sur Facebook : oui, mais comment ?

Facebook n’est plus un réseau « tendance ». Anaïs Loubère pose le cadre d’emblée : « Facebook n’est plus un réseau de découverte ou de hype, c’est un réseau de conversion et de fidélisation. C’est moins sexy pour une direction artistique, mais redoutable pour un bilan comptable. » Concrètement, cela implique d’adapter les formats et les contenus à une audience qui lit, compare et cherche à être rassurée.

  • Miser sur le long-form content : assumer les contenus longs pour proposer du fond, de la rassurance et du storytelling structuré
  • Privilégier l’authenticité visuelle : avec des égéries qui ressemblent à l’audience, sans filtres excessifs
  • Utiliser Facebook comme un pont vers le physique : faire de la modération un « social CRM » pour répondre aux questions de l’audience

Eva Tranová précise les types de contenus qui performent le mieux sur la plateforme. Yann Amiry confirme cette logique depuis l’intérieur d’une grande enseigne.

Repenser Facebook en tant qu’écosystème global

Facebook ne s’évalue plus seul. Pour Thibault Tourvieille de Labrouhe, la plateforme a clairement changé de statut, et c’est précisément ce qui en fait un atout : « Pour les utilisateurs de moins de 40 ans, ce n’est plus un terrain de conquête culturelle. C’est un média de couverture et d’efficacité. Très puissant pour toucher large, activer du retail et structurer un retargeting solide. »

Son intégration dans l’écosystème Meta lui confère un rôle relationnel que peu de plateformes peuvent revendiquer. Sophie Gonçalves souligne le potentiel de Messenger et WhatsApp : « Son écosystème avec Messenger et WhatsApp en fait aussi un très bon hub relationnel (service client, FAQ, prise de rendez-vous, conversations privées à forte valeur ajoutée). »

Dans les faits, l’écosystème Meta ne suffit pas à compenser la baisse de portée organique. La question du paid se pose inévitablement. En 2026, l’enjeu est de l’intégrer dans un combo organique/paid : booster les posts qui fonctionnent, nourrir des audiences de retargeting, travailler des tunnels vers votre site ou WhatsApp, conclut Sophie Gonçalves. Yann Amiry confirme l’intérêt publicitaire du réseau : « Au niveau publicitaire, Facebook nous permet toujours de générer un trafic important sur notre site web. En revanche, un budget ads est souvent nécessaire pour s’assurer un minimum de visibilité. »

Ce que les experts décrivent converge vers un même constat : Facebook ne se gère plus comme un réseau de notoriété, mais comme un outil de performance. Un changement de posture qui, pour beaucoup de marques, reste encore à opérer.