OpenAI veut court-circuiter les app stores avec ChatGPT

Temps de lecture : 5 min

L’essentiel à retenir

  • Nouvelle plateforme : ChatGPT devient un point de découverte et de lancement d’applications, avec plus de 1,2 milliard d’utilisateurs hebdomadaires.
  • Identité unifiée : le « Sign in with ChatGPT » permet d’utiliser son quota d’IA existant dans des applications tierces, avec 16 partenaires au lancement.
  • Agents autonomes : les Dots d’OpenAI naviguent sur le web et exécutent des tâches, ce qui pourrait contourner les stores d’Apple et Google.

ChatGPT, nouvelle porte d’entrée du logiciel

L’événement Dev Day d’OpenAI, organisé ce mardi, a mis en avant les Dots, ses assistants agentiques, et de nouveaux modèles d’IA. Mais derrière ces annonces, une stratégie plus vaste se dessine : déstabiliser le modèle traditionnel des magasins d’applications.

Dans les faits, OpenAI veut faire de ChatGPT le lieu unique où l’on découvre, lance et utilise des logiciels, que l’on soit humain ou agent. La firme ne s’y essaye pas pour la première fois, mais cette vision paraît bien plus aboutie aujourd’hui.

Un mécanisme de découverte intégré à la conversation

ChatGPT, fort de ses 1,2 milliard d’utilisateurs hebdomadaires, n’exploitait pas encore pleinement son potentiel comme moteur de découverte d’applications. Pour y remédier, le chatbot va désormais suggérer des apps au fil des échanges, dès qu’il détecte qu’elles peuvent aider l’utilisateur à accomplir sa tâche. Il suffira alors de connecter l’application concernée pour l’utiliser directement dans ChatGPT.

Cette évolution s’appuie sur l’extension de l’architecture de plugins, qui supporte maintenant des extensions. Les développeurs peuvent créer des panneaux interactifs où les utilisateurs manipulent leurs outils tout en discutant avec ChatGPT. En clair, les applications et services qui passaient auparavant par le web ou une app native deviennent des fonctions directement opérables au sein du chatbot.

Les développeurs qui adhèrent au système peuvent bâtir des versions natives de leurs apps pour ChatGPT, comme ils le feraient pour le web ouvert ou un magasin mobile. À mesure que la découverte se déplace vers les interfaces conversationnelles, ce canal de distribution devient difficile à ignorer.

« Sign in with ChatGPT » : une identité et un quota partagés

Pour inciter les utilisateurs à emprunter ce canal, OpenAI introduit « Sign in with ChatGPT », qui permet d’emporter son quota d’IA existant dans des applications tierces. Seize partenaires sont déjà de la partie, dont Cognition’s Devin, Notion, Vercel, T3, OpenClaw et Dactyl. D’autres suivront prochainement, promet l’entreprise.

Lors d’une démo au Dev Day, OpenAI a montré comment sa propre application de réunion peut fonctionner dans ChatGPT : l’utilisateur voit ses rendez-vous à venir, choisit de prendre des notes avec l’IA, puis reçoit un résumé des actions à suivre à la fin de la réunion. Autre exemple : des apps de design comme Figma et Adobe permettent de retravailler un projet en cours ou d’utiliser une fonctionnalité qui aurait autrement nécessité une application autonome.

Ces applications peuvent être partagées avec des collègues via les sites légers que ChatGPT génère désormais. Depuis ces sites, chacun se connecte avec ses propres identifiants et permissions, rendant l’expérience personnalisée.

Un processus de validation revu et une place de marché pour les entreprises

OpenAI a aussi annoncé des améliorations dans la soumission des plugins. Les développeurs peuvent désormais suivre l’avancement de la revue, identifier les corrections à apporter, demander une évaluation humaine et mettre à jour les outils de leur plugin sans repartir de zéro. Une transparence qui rappelle le processus de validation d’Apple, en plus souple.

L’entreprise lance également une place de marché pour les applications d’entreprise. Au démarrage, plus de 30 partenaires y proposent leurs services, parmi lesquels Adobe, Figma, Sierra, Decagon, HubSpot, Salesforce, ServiceNow, Harvey, Legora, Palo Alto Networks, CrowdStrike et Baseten. Les clients éligibles pourront affecter une partie de leur engagement OpenAI à des logiciels partenaires approuvés.

Les agents Dots, cheval de Troie vers un nouveau paradigme

Au-delà de la découverte d’applications, OpenAI pousse ses agents autonomes, les Dots. Ces agents naviguent sur le web à votre place, exécutent les tâches dans leur propre infrastructure cloud. Chaque Dot dispose de son ordinateur et de son navigateur cloud, et peut utiliser les applications connectées.

Comparez avec l’ancien modèle : pour gérer un projet — créer un site web ou coordonner un agenda — il fallait télécharger différentes applications sur son ordinateur ou son téléphone. Désormais, l’utilisateur dit à son agent ce qu’il veut accomplir, et celui-ci s’en charge. Parfois, l’agent aura besoin d’un modèle d’IA spécifique ou d’une application particulière, mais c’est lui qui ira la chercher pour l’utilisateur, et non l’inverse.

OpenAI précise que les Dots pourront se connecter à un écosystème de plus de 4 000 applications. Mieux : ils peuvent être proactifs et proposer leur aide sur un projet ou un bug, ou gérer une tâche oubliée — toujours avec l’accord de l’utilisateur. Ils mènent ce qu’OpenAI appelle une « recherche proactive » en arrière-plan via les apps connectées, en lecture seule, mais l’utilisateur garde le contrôle des actions.

Quelles conséquences pour l’écosystème ?

Ce système offre aux créateurs d’applications un moyen de toucher des clients en dehors des stores d’Apple et Google. Par exemple, un utilisateur pourrait s’abonner à un service via le site de l’éditeur, puis connecter son compte à ChatGPT ou Codex pour que son agent l’utilise. OpenAI n’a toutefois pas indiqué que ces fonctionnalités supprimeraient le besoin d’abonnements tiers ou d’autres frais.

Fait notable : OpenAI n’a rien dévoilé sur un éventuel système de facturation ou de partage de revenus comparable à la couche économique des app stores. L’entreprise se concentre pour l’instant sur la découverte, la distribution, l’interface, ainsi qu’une couche d’identité et un mécanisme de partage du quota d’IA existant.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’OpenAI pose les fondations d’un modèle où les applications ne sont plus des destinations que l’on visite, mais des capacités que l’on connecte à une intelligence centrale. Une approche qui pourrait redéfinir la manière dont les logiciels sont distribués et monétisés.