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AMI Labs lève 1 milliard $ pour ses modèles IA du monde réel

Temps de lecture : 4 min
Ce qu’il faut retenir
- Financement : AMI Labs, cofondé par Yann LeCun, vient de lever 1,03 milliard de dollars avec une valorisation pré-money de 3,5 milliards.
- Innovation : Le laboratoire développe des « modèles du monde », une IA qui apprend de la réalité physique et non uniquement du langage.
- Stratégie : Partenariat précoce avec Nabla dans la santé, recherche fondamentale et approche open source pour accélérer l’écosystème.
Le nouveau géant de l’IA « réelle » entre en scène
Je vois émerger une nouvelle frontière dans l’intelligence artificielle. Alors que l’attention médiatique reste focalisée sur les modèles de langage génératifs, un mouvement plus profond se dessine. AMI Labs, le nouveau laboratoire cofondé par Yann LeCun après son départ de Meta, vient de matérialiser cette tendance avec une levée de fonds spectaculaire : 1,03 milliard de dollars. Dans les faits, cette manœuvre place d’emblée le projet à une valorisation pré-money de 3,5 milliards.
Ce qui distingue AMI Labs, c’est son ambition fondamentale. L’entreprise ne travaille pas sur un autre clone de ChatGPT. Son objectif est de développer des « modèles du monde » (world models) – des systèmes d’IA qui apprennent à comprendre et à prédire le fonctionnement du monde physique, et non pas seulement à manipuler du texte. En clair, il s’agit de passer d’une IA qui parle à une IA qui comprend.
Pourquoi les « world models » sont la prochaine vague
« Ma prédiction est que ‘modèles du monde’ sera le prochain buzzword », m’a confié Alexandre LeBrun, le CEO d’AMI Labs. « Dans six mois, chaque entreprise se présentera comme une société de modèles du monde pour lever des fonds. » Cette déclaration, faite avec le sourire, révèle une conviction profonde : AMI Labs possède une avance fondamentale sur un domaine qui va exploser.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette catégorie est encore peu peuplée, mais attire déjà des investissements massifs. Avant AMI Labs, on a vu SpAItial lever 13 millions de dollars en amorçage, un montant exceptionnel pour une startup européenne, et World Labs de Fei-Fei Li sécuriser 1 milliard de dollars le mois dernier. La course est lancée.
La motivation derrière cette ruée ? Les limites évidentes des LLMs. En tant qu’ancien CEO de Nabla, une startup de santé digitale dont il est aujourd’hui président, LeBrun a constaté de visu les dangers des hallucinations des grands modèles de langage. Dans un domaine comme la médecine, une erreur de l’IA peut avoir des conséquences dramatiques. C’est cette prise de conscience qui l’a rapproché de la vision de LeCun.
Une ambition à long terme, financée par les plus grands
Il faut être clair : AMI Labs n’est pas une startup d’IA appliquée classique. « C’est un projet très ambitieux car il commence par de la recherche fondamentale », explique LeBrun. « Ce n’est pas le genre de startup qui peut sortir un produit en trois mois, avoir des revenus en six et atteindre 10 millions de dollars de revenus annuels récurrents en douze mois. » Le chemin vers des applications commerciales pourrait prendre des années.
Malgré cet horizon lointain, les investisseurs se sont arrachés le ticket d’entrée. La levée a été co-dirigée par Cathay Innovation, Greycroft, Hiro Capital, HV Capital et Bezos Expeditions. Dans les faits, l’intérêt était tel que le tour, initialement prévu à 500 millions d’euros en décembre dernier, a finalement atteint près de 890 millions d’euros. Le pedigree de l’équipe y est pour beaucoup :
- Yann LeCun (Président) : Lauréat du prix Turing, ancien Chief AI Scientist chez Meta.
- Alexandre LeBrun (CEO) : Entrepreneur en série, ancien CEO de Nabla.
- Laurent Solly (COO) : Ancien VP de Meta pour l’Europe.
- Une équipe scientifique de haut vol avec Saining Xie, Pascale Fung et Michael Rabbat.
L’argent servira principalement à deux postes de dépense : la puissance de calcul et le recrutement de talents. AMI Labs construira ses équipes sur quatre hubs stratégiques : Paris (siège), New York (où enseigne LeCun), Montréal et Singapour, ce dernier servant de porte d’entrée vers le marché asiatique.
Stratégie : partenariats précoces et recherche ouverte
Bien que sans revenus à court terme, AMI Labs ne restera pas cloîtré dans son laboratoire. « On ne peut pas développer des modèles qui cherchent à comprendre le monde en étant enfermé dans un labo », affirme LeBrun. « À un moment donné, il faut mettre le modèle dans une situation réelle, avec des données réelles et des évaluations réelles. »
C’est là qu’intervient la stratégie de partenariat. Nabla, l’entreprise de santé digitale, est le premier partenaire officiellement dévoilé. Il aura accès aux premiers modèles pour des applications médicales. Mais d’autres suivront, notamment dans les rangs des investisseurs industriels de la levée : NVIDIA, Samsung, Sea, Temasek, Toyota Ventures, ou encore le Groupe Industriel Marcel Dassault et Publicis Groupe en France.
Enfin, et c’est un point crucial, AMI Labs s’engage dans la recherche ouverte. « Nous publierons beaucoup de papiers et nous rendrons aussi beaucoup de code open source », promet LeBrun. Cette philosophie, héritée de l’époque de Meta FAIR où il a également travaillé, est de plus en plus rare dans le paysage actuel de l’IA. Pourtant, les fondateurs y croient fermement : « Les choses avancent plus vite quand elles sont ouvertes, et c’est dans notre intérêt de construire une communauté et un écosystème de recherche autour de nous. »
Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette levée historique ne marque pas la fin, mais bien le début d’une nouvelle ère pour l’IA. Une ère où la compréhension du monde physique deviendra la nouvelle frontière à conquérir, avec AMI Labs en position de pionnier. La course aux « world models » est officiellement ouverte.

Journaliste tech depuis 10 ans, je suis spécialisé dans la veille et l’analyse des tendances émergentes du numérique. De l’intelligence artificielle aux évolutions des réseaux sociaux, je décrypte l’actualité connectée sans filtre ni jargon, avec un focus sur ce qui impacte réellement nos pratiques digitales et nos business models.
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