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Cohere reprend Aleph Alpha : un bastion IA souverain face aux géants US

Temps de lecture : 3 min
À retenir
- Rachat stratégique : Cohere absorbe Aleph Alpha, avec 500 millions d’euros de Schwarz Group, pour créer un champion transatlantique de l’IA souveraine.
- Marché réglementé : La nouvelle entité cible les secteurs sensibles (défense, finance, santé) et le secteur public, en quête d’alternatives à OpenAI.
- Alliance politique : Canada et Allemagne officialisent une « Alliance pour la technologie souveraine » afin de réduire les dépendances stratégiques en IA.
Un mariage sous le signe de la souveraineté
La startup canadienne Cohere vient de mettre la main sur l’allemande Aleph Alpha, une opération hautement stratégique appuyée par le groupe Schwarz (propriétaire des chaînes Lidl et Kaufland). Ce rapprochement, béni par les gouvernements respectifs, vise à offrir une véritable alternative souveraine aux entreprises, alors que le paysage de l’IA est dominé par les acteurs américains. En clair, ce n’est pas seulement un rachat, c’est la naissance d’un champion transatlantique de l’IA de confiance.
Les dessous financiers de l’accord
Cohere, valorisée à 6,8 milliards de dollars lors de son dernier tour, va intégrer Aleph Alpha et prendre la tête de la nouvelle entité (sous réserve des approbations réglementaires). Le groupe Schwarz, déjà actionnaire principal d’Aleph Alpha, injecte 500 millions d’euros (environ 600 millions de dollars) via une facilité de financement structuré. Ce montant permet à Schwarz d’agir comme investisseur principal dans le tour de table de série E de Cohere, qui valorise désormais l’ensemble à près de 20 milliards de dollars, selon Handelsblatt.
Dans les faits, ce bond de valorisation dépasse largement ce que les revenus combinés justifieraient. Cohere affichait 240 millions de dollars de revenus annuels récurrents en 2025, tandis qu’Aleph Alpha peinait à générer des revenus significatifs. Mais les investisseurs parient sur la complémentarité et l’effet de levier de l’union, un calcul risqué mais peut-être payant dans un marché avide d’alternatives crédibles aux géants américains.
Une cible : les secteurs réglementés
La nouvelle entité se positionne clairement sur le créneau des industries très réglementées : défense, énergie, finance, santé, industrie manufacturière, télécommunications – ainsi que le secteur public. Le groupe Schwarz, via sa filiale Schwarz Digits, apporte son cloud souverain STACKIT, une brique essentielle pour rassurer les entreprises sur la propriété et la localisation de leurs données. Ce qu’il faut comprendre : Cohere et Aleph Alpha veulent répondre au besoin croissant de souveraineté numérique des institutions et des entreprises, une tendance qui s’accélère depuis 2025.
Complémentarité technique et équipes
Au-delà des chiffres, c’est d’abord la technologie qui justifie l’opération. Aleph Alpha avait développé une suite de modèles de langage spécialisés, PhariaAI, pensée pour les entreprises et institutions européennes. Mais la start-up allemande a connu des turbulences, avec le départ de son cofondateur et CEO Jonas Andrulis, ce qui a brouillé sa stratégie et son leadership. Cependant, ses 250 collaborateurs et leur expertise sont un atout pour Cohere. Comme l’explique Aidan Gomez, CEO de Cohere, lors d’une conférence de presse : “Leur focalisation sur les petits modèles de langage, les langues européennes et les tokenizers est très complémentaire de la nôtre, qui se concentre davantage sur les grands modèles de langage.”
Le volet politique : une alliance Canada-Allemagne
La conférence de presse officialisant l’accord avait une composition révélatrice. Aux côtés d’Aidan Gomez et de Samuel Weinbach (cofondateur d’Aleph Alpha), on retrouvait le ministre allemand du Numérique, Karsten Wildberger, et son homologue canadien, Evan Solomon. Ce symbolisme politique n’est pas anodin : dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis, le Canada a multiplié les initiatives bilatérales, et l’Allemagne se présente comme un partenaire de choix. Les deux pays ont d’ailleurs récemment lancé une « Alliance pour la technologie souveraine », visant à “renforcer la capacité d’IA souveraine et réduire les dépendances technologiques stratégiques”.
Souveraineté, une question de perception
Reste à savoir si les organisations européennes percevront vraiment ce nouvel ensemble comme souverain. Si Cohere promet de devenir “une entreprise canado-allemande”, l’actionnariat futur – avec une possible introduction en Bourse – pourrait brouiller les cartes. La confiance à long terme dans le caractère transatlantique et indépendant de l’alliance est un enjeu clé. En attendant, cette acquisition marque une étape majeure dans la consolidation du secteur de l’IA en Europe et au Canada, face à la domination écrasante des géants américains.

Journaliste tech depuis 10 ans, je suis spécialisé dans la veille et l’analyse des tendances émergentes du numérique. De l’intelligence artificielle aux évolutions des réseaux sociaux, je décrypte l’actualité connectée sans filtre ni jargon, avec un focus sur ce qui impacte réellement nos pratiques digitales et nos business models.
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