IA et marketing : le partage des rôles selon Navah Hopkins

Temps de lecture : 4 min

Points clés à retenir

  • Répartition claire : les humains définissent la stratégie et les messages, l’IA assure la mise en forme et la diffusion à grande échelle.
  • Brand safety : un référentiel de marque solide et des outils comme les Brand Kit permettent de guider l’IA sans brider ses performances.
  • Assets flexibles : chaque contenu doit pouvoir fonctionner indépendamment et s’adapter à différents formats pilotés par l’IA.

Créativité humaine et IA : la question du partage des rôles

Je l’observe dans les équipes que je côtoie : l’équilibre le plus performant repose sur une répartition nette des responsabilités. Les humains gardent la main sur les actifs de marque, les messages et les intentions stratégiques. L’IA, de son côté, prend en charge la mise en forme et l’orchestration à grande échelle. Dans les faits, les équipes marketing définissent le client cible, fixent le ton et l’ambiance du contenu créatif, et établissent les standards de marque. Les systèmes d’IA assemblent ensuite ces éléments et les adaptent selon les formats et les placements disponibles.

Cette organisation ouvre des portes : elle permet d’accéder à davantage d’inventaires publicitaires et de canaux sans rogner sur la qualité. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’à mesure que les placements pilotés par l’IA se multiplient, les équipes ne devraient pas rater des opportunités pour des raisons de contraintes de format. L’IA devient un levier pour diffuser le contenu validé à grande échelle, de manière maîtrisée.

Brand safety : comment mettre des garde-fous efficaces

La brand safety devient une préoccupation majeure avec l’automatisation de la création et de l’achat média. Je conseille d’accepter certaines contraintes, notamment dans les secteurs réglementés. Des exigences comme les mentions légales obligatoires ou le positionnement fixe de messages spécifiques ne sont pas toujours compatibles avec tous les formats générés par l’IA. Microsoft prend en charge des disclaimers jusqu’à 500 caractères, utilisables avec les formats texte et native ads.

Le pinning (épingler des messages), par exemple, garantit l’affichage d’un contenu spécifique, mais peut réduire l’éligibilité à certains placements pilotés par l’IA. Les équipes doivent évaluer ces arbitrages selon leurs contraintes de conformité. En clair, le meilleur garde-fou reste un référentiel de marque solide et bien défini.

Quand les systèmes d’IA disposent d’inputs clairs (raison d’être de la marque, proposition de valeur, messages validés, standards visuels), ils génèrent des créations plus précises et directement exploitables, avec moins de supervision manuelle. Les équipes peuvent renforcer cette démarche avec des outils comme les Brand Kit, les exclusions de termes ou les contraintes de messages. L’objectif est de bâtir une confiance dans les outputs produits.

Performance Max : sortir de la boîte noire

Performance Max a évolué sur le plan de la transparence et du reporting. Il a été conçu pour s’affranchir des biais humains, en orientant les budgets vers là où les conversions se produisent. Les annonceurs ont souvent leurs préférences en matière de placements, mais PMAX se concentre sur la valeur délivrée. Depuis son lancement, des insights utiles ont émergé : données de dépenses et de conversions par URL d’éditeur, termes de recherche ayant déclenché des annonces, entre autres.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il permet de comprendre la logique de l’IA. En entrant un nom de domaine (le sien ou celui d’un concurrent), on peut voir quels créatifs et sujets l’IA suggère. Si les résultats ne correspondent pas aux attentes, c’est un signal pour retravailler les contenus et s’assurer que la marque est bien interprétable par les systèmes automatisés. Il est également possible de prévisualiser les annonces et d’ajuster les créatifs directement dans l’interface de PMAX.

Personnalisation et données : construire des stratégies d’audience efficaces

La question centrale est celle de l’équilibre entre personnalisation et respect de la vie privée. Le premier levier est de fournir aux systèmes des signaux robustes et conformes aux exigences de confidentialité. Des outils comme le mode de consentement avancé permettent de combler les lacunes de conversion et d’alimenter les systèmes d’IA avec des inputs plus complets, sans recourir à des données non consenties.

Dans les faits, les équipes ont intérêt à investir dans la connaissance directe de leurs clients. Les échanges avec les clients, les enquêtes et les retours terrain offrent une compréhension précise et consentie de ce qui résonne dans les messages et des canaux par lesquels les clients découvrent la marque. Aucune base de données externe n’atteint ce niveau de précision.

L’IA joue elle aussi un rôle. Elle peut utiliser des signaux agrégés et contextuels pour associer les créatifs aux utilisateurs sans exposer de données personnelles. Lorsque les équipes fournissent des assets validés, un ton et des messages cohérents, l’IA peut délivrer des expériences plus pertinentes, dans le respect des règles de confidentialité.

Conseils pratiques pour intégrer l’IA dans les workflows

Je recommande de commencer par donner à votre équipe le temps de s’adapter. Le rôle des équipes marketing évolue rapidement, et le passage d’un travail centré sur l’exécution à un travail davantage axé sur la définition des inputs prend du temps.

Sur le plan pratique, les équipes devraient d’abord chercher à comprendre comment les utilisateurs et les systèmes interagissent avec leurs contenus. Des outils comme Microsoft Clarity permettent d’obtenir des insights comportementaux sur la manière dont les visiteurs s’engagent avec un site, ainsi qu’une visibilité sur les interactions automatisées (activité des crawlers, patterns d’engagement par page). Ces données aident à prioriser les efforts, à affiner les messages et à s’assurer que les contenus sont lisibles aussi bien par des audiences humaines que par des systèmes automatisés.

Les équiques devraient également tester plusieurs outils d’IA, qu’ils soient natifs aux plateformes ou indépendants. Cette approche pratique permet d’identifier lesquels correspondent à quelles tâches et où chaque système performe le mieux. L’IA n’est pas universelle. Les équipes qui comprennent les forces et les limites des différents outils seront mieux armées pour les utiliser efficacement.

Le message pour Intelligence Marketing Day

Le message central est simple : créativité humaine et performance pilotée par l’IA doivent fonctionner de concert pour produire des résultats. Les systèmes d’IA ne peuvent pas performer efficacement sans inputs humains solides. À l’inverse, les équipes ne peuvent pas atteindre pleinement leur audience si elles évitent les formats et l’orchestration permis par l’IA.

Deux chantiers méritent une attention particulière. D’abord, s’assurer que les systèmes d’IA peuvent accéder à vos contenus et les interpréter. Bloquer l’accès au site, via des directives comme noindex ou en empêchant le crawling, peut limiter la capacité des systèmes d’IA à comprendre votre activité et à la relier à des clients potentiels. Les types de campagnes qui reposent sur la compréhension des landing pages dépendent de cette accessibilité.

Ensuite, se préparer à une approche orientée assets pour la création. À mesure que les formats et les placements évoluent, les structures publicitaires statiques ne répondront plus à tous les besoins. Chaque asset doit être capable de fonctionner de manière autonome, communiquer clairement sa valeur et s’adapter à de multiples formats et placements. Ce changement ne réduit pas l’importance de la créativité. Il renforce la nécessité de disposer d’assets solides et flexibles, que les systèmes d’IA peuvent assembler en combinaisons performantes.

Navah Hopkins est Product Liaison pour Microsoft Advertising. Elle interviendra à la 10e édition d’Intelligence Marketing Day, le 16 juin à Rennes.